Bonjour ! Je suis la guerre.
Bonjour ! Je suis la guerre. Vous allez bien ? Je suis entrée dans votre vie le 11 janvier. Si si... Je vous garantis que c'est vrai. C'était vendredi dernier. Vous deviez à peine commencer votre week-end. Il ne faisait pas encore aussi froid chez vous. C'est au Mali que j'ai embarqué vos soldats. Oui... J'ai bien dit "vos soldats". Naturellement, ce sont vos soldats. Vous êtes peut-être contre la guerre par principe, mais ce sont bien vos soldats que j'ai pris.
Et vous ? Vous allez bien ? Ah, vous avez un peu froid. Du verglas ? De la neige même... Je comprends... Des embouteillages. Des voitures pliées. Des scooters et des camions empêchés de rouler... C'est ennuyeux. Mais vu d'ici vous savez...
Et sinon ? Ça vous intéresse que je
vous parle un peu de moi ? Ou vous ne voulez rien savoir ? Parce qu'ici... C'est très dur. Je ne m'appelle pas "la guerre" pour rien. Il y a eu et il y aura des morts, des blessés. Je sais bien que vous avez du mal à réaliser.
C'est loin.
Tiens... Vous avez remarqué ? C'est toujours "loin" la guerre. Oh non... Je ne veux pas dire que c'est loin en kilomètres. Parfois, c'est très près de vous. Mais... Vous n'avez jamais envie de me regarder. Ni de me voir.
Remarquez, je vous comprends. Si j'étais à votre place, moi aussi, je regarderais ailleurs. Mais, je ne peux pas... C'est que je suis moche. Très moche. Mais en même temps, je suis là.
Allez, je vous parle, je vous parle, mais je vois bien que je vous ennuie, là... Je vais vous laisser vaquer. C'est bientôt l'heure du déjeuner. Et puis vous avez sûrement du travail. Moi aussi.
Juste... Si à un moment dans la journée, vous pouviez un peu penser à ceux qui sont ici... Je crois que ça ne serait pas mal. Ils ont peur vous savez. Leurs familles et leurs amis aussi.
Allez, je vous dis "à bientôt". Parce que je suis là pour un bon moment. Je ne vous dis pas ça pour vous inquiéter. Ce n'est pas mon genre...
Mais essayez juste de ne pas trop vous habituer à entendre parler de moi, le soir, au journal télévisé. Parce qu'ici, vous savez, personne ne va s'habituer.
Au revoir...
Le 13h de Guy Birenbaum - Publication: 16/01/2013 12:29 CET | Mis à jour: 16/01/2013 19:22 CET
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