Le comité d'entreprise d'EDF creuse ses pertes malgré son plan d'économies
La Caisse centrale des activités sociales (CCAS) des industries électriques et gazières, épinglée à deux reprises par la Cour des comptes, a encore perdu de l'argent au premier semestre. Invités à réformer l'organisme avec les syndicats, EDF et GDF Suez ont des intérêts divergents.
Malgré une thérapie de choc, la Caisse centrale des activités sociales (CCAS) des industries électriques et gazières, le gigantesque comité d'entreprise d'EDF et GDF Suez, ne parvient pas à redresser la barre. Hier, le conseil d'administration du CE le plus riche de France -ses moyens dépassent 700 millions d'euros par an -a dû revoir le budget prévisionnel après une perte d'exploitation de 38 millions d'euros de janvier à août et un déficit de trésorerie de plus de 110 millions au premier semestre.
La nouvelle équipe dirigeante voit son objectif de retour à l'équilibre s'éloigner, après une perte nette de 81 millions d'euros l'année dernière. « Il est trop tôt pour dire si l'équilibre sera atteint en 2011, indique aux « Echos » son président, Michaël Fieschi. Ceci dépendra des résultats exceptionnels, notamment des ventes de patrimoine réalisées et des économies de fonctionnement que nous poursuivons. »En situation d'urgence, l'organisme contrôlé par la CGT a dû mettre en vente son siège de Montreuil et plusieurs centres régionaux.
Epinglée par la Cour des comptes à deux reprises pour sa gestion opaque et son « gâchis financier », la CCAS a longtemps vécu sur son budget abondant, sans exercer de contrôle sur ses coûts. Au point de lancer fin 2009 une OPA de 82 millions d'euros sur la Compagnie Internationale André Trigano (CIAT), le gestionnaire de campings... Nommée après cette opération controversée, la nouvelle direction a tenté de redresser la barre. Au menu : augmentation des tarifs des quelque 200 centres de vacances et des millions de repas que la CCAS sert dans les cantines d'EDF.
« Malgré cela, le budget part en vrille, grince un dirigeant de l'organisme qui souhaite davantage de réformes. Le système est vérolé de l'intérieur, il y a une inefficacité totale à tous les niveaux. » Témoin, la décision de la direction de contrôler les achats de prestations externes, qui n'est pas forcément suivie au niveau local. Comme le montre la séquestration en début d'année de dirigeants de la CCAS d'Ile-de-France, qui voulaient réaliser des économies, la rigueur passe mal...
L'organisme souffre en fait de son mode de financement, qui lui assure une progression continue de ses ressources. Contrairement aux CE traditionnels, qui sont financés en pourcentage de la masse salariale, la CCAS est financée essentiellement par un prélèvement de 1 % sur les ventes françaises d'électricité et de gaz. Héritage de 1946, ce système lui assure des recettes de près de 500 millions d'euros par an, auxquelles s'ajoutent les ventes de prestations (séjours de vacances...). Qui plus est, l'organisme profite des hausses continues des tarifs d'électricité et de gaz. Entre 2000 et 2009, selon la Cour des comptes, ces augmentations ont gonflé ses recettes de 27 %...
Invités par l'ancien ministre de l'Energie, Jean-Louis Borloo, à moderniser le système, les employeurs de la branche ont écrit en juillet à son successeur, Eric Besson, dressant un calendrier prévisionnel de concertation avec les fédérations syndicales. Implicitement, l'objectif est notamment d'aligner le mode de financement de la CCAS sur les CE de droit commun. Mais les intérêts des deux poids lourds, EDF et GDF Suez, divergent. En 2005, la contribution financière du premier correspondait à 6 % de sa masse salariale, contre 14 % pour le second. « GDF Suez a plus à gagner et EDF a plus à perdre », admet un électricien. Mais, en plus du prélèvement sur leurs recettes, les employeurs, et particulièrement EDF, octroient des moyens bénévoles à la CCAS, en mettant du personnel ou des locaux à sa disposition. Leur idée est de céder ces moyens à l'organisme, tout en lui versant une soulte. Selon plusieurs sources, on parle d'un montant de 200 à 400 millions d'euros. Les discussions ne font que commencer... « EDF et GDF Suez ne sont pas d'accord sur les sommes à verser », selon une source syndicale. Prudents, ils ne visent pas de résultat final avant fin 2012.
THIBAUT MADELIN, Les Echos
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